Fix It In Post, de Jack James
Un livre sur les solutions à vos problèmes de postproduction.
Lorsque j’ai commencé en postproduction en 1995, mon premier Mac n’avait que 32 MB de RAM, j’avais la seule copie de After Effects 3.0 Production Bundle à Montréal et Photoshop ne créait pas d’ombres portées (drop shadows) automatiquement. C’était bien avant les forums de discussion, les groupes d’usagers d’applications multimédia et Final Cut MTL. Disons que j’ai dû apprendre à me débrouiller seul lorsque je faisais face à un problème.
À la belle époque du SD, la plupart des problèmes reliés à la conception graphique relevaient de l’ordre de l’entrelacement, de l’aspect des pixels et de la valeur des couleurs « broadcast safe ». Le jargon de la télévision et du design graphique commençait à prendre forme, mais il était difficile de s’y retrouver facilement.
Heureusement, en 1999 j’ai découvert Trish et Chris Meyer, célébrités du monde des « motion graphics » et auteurs de plusieurs livres sur After Effects. Ils on produit un duo de cassettes VHS sur les problèmes techniques de la postproduction, Videosyncracies, et du coup ont répondu à la plupart de mes questions.
Dix ans plus tard, en plus des problèmes du SD (toujours d’actualité), un monteur doit faire face à une foule de nouveaux problèmes, que ce soit la numérisation, les workflows de postproduction et la forêt de formats de production en haute définition. Mes vieilles cassettes du couple Meyer ont pris de l’âge, et j’espérais trouver un équivalent moderne. C’est donc avec un immense plaisir que j’ai découvert Fix it in Post, de Jack James. J’avais adoré son précédent bouquin, Digital Intermediates, véritable bible des intermédiaires numériques, et j’avais hâte de lire son nouveau recueil de trucs et astuces.
Jack James est un expert en toutes choses numériques. Sa carrière en postproduction a débuté au Kodak Cinesite Digital Lab, et depuis, il a œuvré sur toutes sortes de productions à titre de gourou de l’image. Son site, Surreal Road, est une ressource inestimable de connaissances très poussées sur la postproduction, les systèmes d’étalonnage, d’intermédiaires numériques et autre quincaillerie professionnelle.
L’approche de Fix it in Post est simple, claire et structurée. Sans prendre parti pour un logiciel ou un autre, préférant des explications agnostiques, le livre est divisé en onze chapitres relevant d’une famille de problèmes :
- Défauts de l’image causés par les lentilles
- Défauts d’images vidéo (numérique ou non)
- Défauts d’images film
- Problèmes de son
- Problèmes de couleur
… etc.
Au début, James aborde les techniques de base que tout monteur devrait maîtriser, que ce soit la lecture d’un histogramme à la retouche d’image avec les outils de clonage à la Photoshop. Chaque technique est illustrée d’une icône particulière. Ces icônes sont ensuite agencées avec des images de film ou de vidéo, afin de bien illustrer une résolution de problème. Ceci rend l’application des trucs du livre très pratique. De plus, puisque les astuces sont applicables dans différents logiciels, le lecteur n’a qu’à adapter la méthode proposée à son outil préféré. C’est vraiment la force de ce livre, qui vous enseigne comment régler un problème en expliquant ce qui l’a causé, ce qu’on peut faire pour le régler, étape par étape, et des exemples de résultats possibles.
C’est un livre de référence plus qu’un manuel d’utilisation, puisqu’on peut y trouver rapidement la technique « magique » pour se sortir de tel ou tel pétrin. Ainsi, j’y ai découvert une méthode pour réparer un plan hors foyer, des trucs pour réduire le bruit dans les images numériques, un moyen infaillible pour obtenir des images en noir et blanc de très haute qualité, et j’en passe.
Le dernier chapitre traite du sujet le plus important, selon moi, le workflow de postproduction. Comment élaborer la classification, la sécurité et l’archivage de votre matériel de montage. À l’ère où les productions en HD gobent des téraoctets de disque durs, il faut être extrêmement vigilants quand à la perte de données.
L’appendice est truffé de listes et de tableaux traitant de tous les formats de production, de codecs et de formats d’image, très complets et à jour, afin de bien reconnaître ce qui risque de vous tomber sous la main.
Le verdict : la plupart des astuces qu’on retrouve dans ce livre dépassent sans doute les connaissances du simple amateur de Final Cut Pro. Les monteurs en ligne et designers graphiques seront à l’aise avec les techniques proposées, et sûrement qu’ils découvriront quelques trucs qu’ils ne connaissaient pas. Par contre, je ne le dirai jamais assez, afin de maîtriser son art, il faut maîtriser son outil de prédilection. Comprendre pourquoi un problème vous arrive est essentiel afin de ne pas le reproduire. Voilà l’importance d’un livre comme Fix it in Post, bien en vue dans votre bibliothèque, parce qu’on entend encore souvent « on arrangera ça au montage ».









